Deux jours après die départ de Dino Toppmöller et de ses deux adjoints, Benjamin Parrot, directeur général du RC Lens, et Jean-Louis Leca, directeur sportif, ont pris la parole lors d’une conférence de presse exceptionnelle ce jeudi 17 septembre. Les dirigeants lensois ont expliqué les raisons de cette décision, défendu leur choix et détaillé les contours de la nouvelle organisation autour de Yannick Cahuzac.
Le Racing Club de Lens a vécu une semaine particulièrement mouvementée. Trois mois seulement après l’arrivée de Dino Toppmöller, le technicien allemand et ses deux adjoints ont quitté leurs fonctions. Une décision que la direction artésienne assume pleinement, après une période d’observation et plusieurs tentatives pour faire fonctionner le nouveau staff. Face aux interrogations, notamment celles des supporters, Benjamin Parrot et Jean-Louis Leca ont souhaité revenir sur les raisons de cette réorganisation et sur les ambitions qui accompagnent la promotion de Yannick Cahuzac.

« Ça n’a pas fonctionné, tout simplement »
En ouverture, Benjamin Parrot a reconnu que les deux trajectoires imaginées au début de la saison n’avaient pas convergé comme espéré. « Le propre de deux trajectoires ascendantes, c’est qu’elles doivent converger à terme vers une même direction. Et aujourd’hui, si on est là, c’est parce que ça n’a pas fonctionné, tout simplement. Il faut avoir l’humilité de le dire, mais aussi de le dire fermement », a déclaré le directeur général. Pour la direction lensoise, les difficultés ne se limitaient pas aux résultats des premières rencontres. Elles concernaient plus largement le fonctionnement du staff et sa capacité à travailler de manière collective. Benjamin Parrot a expliqué avoir constaté, au fil des semaines, une forme de séparation entre deux approches : d’un côté, les fondamentaux et la méthode lensoise, de l’autre, une approche plus internationale portée par le staff de Dino Toppmöller. « On a senti qu’au sein du staff, il y avait d’un côté une méthode, un groupe en français, et de l’autre un staff plus international. Les deux avaient vocation à travailler ensemble, à s’enrichir et à s’élever mutuellement. Là où on imaginait des ponts, il y a eu des murs qui se sont créés. »
Plusieurs tentatives avant de prendre la décision
La direction du RC Lens assure ne pas avoir pris cette décision dans la précipitation. Selon Benjamin Parrot, plusieurs actions ont été menées pour tenter de rapprocher les différentes composantes du staff. « Il y a eu d’abord une prise de parole de Jean-Louis en tant que directeur sportif. Il y a eu ensuite des réunions, des organisations, des organigrammes, beaucoup de choses. Mais force est de constater que cette non-connexion avait des conséquences sur le rendement de l’équipe et sur la dynamique du groupe. » Jean-Louis Leca a confirmé cette chronologie, précisant que la réflexion ne s’était pas limitée aux quatre premiers matches de la saison. « On ne réfléchit pas en quatre matches. On réfléchit en trois mois. Et en trois mois, ce qui s’est passé nous laissait penser qu’on n’était pas dans la bonne direction. » Pour les dirigeants, le changement de staff relève donc d’une décision de management destinée à rétablir un fonctionnement cohérent. « Ça peut être perçu comme de l’ingérence sportive, mais ça n’en était pas. C’était juste du management qui reprend la main », a insisté Benjamin Parrot.

Dino Toppmöller et ses adjoints quittent le club dans le respect mutuel
Malgré cette séparation rapide, les deux dirigeants ont tenu à saluer le travail et les qualités humaines de Dino Toppmöller. Le directeur général a également précisé que les trois départs avaient fait l’objet d’une négociation et que les accords étaient désormais conclus. « Les trois départs se sont faits dans le cadre d’une négociation. Toutes les négociations sont closes aujourd’hui. Donc, que ce soit Dino, Nelson ou Erin, les trois ont un accord avec le club. Aujourd’hui, aussi bien sportivement qu’administrativement, la page est tournée. » Jean-Louis Leca, de son côté, a exprimé sa reconnaissance envers l’ancien entraîneur. « Ma première pensée, elle est pour Dino, parce que j’ai rencontré un homme extraordinaire. J’ai rencontré un bon entraîneur. » Le directeur sportif a toutefois reconnu que la collaboration n’avait pas produit les effets attendus. « On était convaincus au mois de juin de ce choix-là. On était convaincus qu’on pouvait amener quelque chose de plus. Le fait est que ça n’a pas pris, et ça, on ne va pas s’en cacher. C’est la vérité. »
Yannick Cahuzac, une solution inscrite dans les fondamentaux lensois
La promotion de Yannick Cahuzac constitue désormais le principal changement sportif de cette réorganisation. Pour Benjamin Parrot, il ne s’agit pas simplement de confier les clés de l’équipe à un proche de Jean-Louis Leca, mais de s’appuyer sur un technicien dont le parcours et les qualités correspondent à l’identité du Racing. « Moi, je ne parle pas de Cahu, je parle de Yannick Cahuzac, la valeur montante du coaching », a déclaré le directeur général. L’ancien joueur et capitaine lensois a notamment travaillé auprès de Franck Haise, de Régis Le Bris et d’Olivier Pantaloni. Une expérience qui, selon les dirigeants, lui a permis de développer une véritable sensibilité tactique. Pour Jean-Louis Leca, Cahuzac dispose d’un potentiel évident, même si son apprentissage du métier reste en cours. « C’est un jeune entraîneur, il a 41 ans. Il comprend ce qu’est ce club, il l’a pratiqué, il l’a vécu. ». La direction entend désormais l’accompagner dans son évolution, avec l’objectif de lui permettre de passer du rôle de technicien à celui de véritable entraîneur principal.

Une nomination sans durée limitée
Contrairement à ce qui a pu être évoqué depuis deux jours, Yannick Cahuzac ne prend pas simplement un intérim de quelques semaines. Le RC Lens lui accorde sa confiance sans fixer de date de fin à sa mission. « Quand on donne confiance, c’est difficile de la limiter dans le temps. Il n’y a pas de notion d’intérim. Aujourd’hui, il est l’entraîneur de l’équipe première », a précisé Benjamin Parrot. Le nouvel entraîneur principal aura notamment la responsabilité de préparer le déplacement à Monaco, ce vendredi, avant de bénéficier d’une trêve de trois semaines pour travailler avec son groupe et son staff. Cette période doit permettre au club de stabiliser son fonctionnement et de réfléchir à l’organisation future de l’encadrement technique.
Le staff sera-t-il renforcé ?
Le départ de Dino Toppmöller et de ses deux adjoints laisse naturellement une place à une réorganisation du staff. Les dirigeants lensois ont toutefois expliqué qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise concernant d’éventuels renforts. « On a déjà un staff qui était assez conséquent. Ce staff a assuré la semaine et assurera le match de Monaco », a indiqué Jean-Louis Leca. La direction souhaite prendre le temps d’évaluer les besoins de Yannick Cahuzac, notamment en raison de ses semaines de formation pour l’obtention du BEPF. « On va déjà attendre de voir comment se calent les semaines où il doit partir, parce qu’il a aussi une semaine de stage qui peut être mouvante. On va se rapprocher de la Fédération pour savoir ce qui est possible de faire ou de ne pas faire », a expliqué le directeur sportif. Le club envisage donc des solutions internes et externes, mais entend d’abord se concentrer sur la préparation du prochain match.
Le diplôme de Cahuzac et les contraintes réglementaires
Yannick Cahuzac est actuellement en formation pour obtenir le Brevet d’entraîneur professionnel de football (BEPF). Une situation qui implique des contraintes réglementaires pour son activité sur le banc de Ligue 1. Benjamin Parrot a expliqué que le club connaissait ces contraintes et qu’il était prêt à assumer les conséquences financières. « Le règlement prévoit que l’amende n’existe pas dès lors que vous avez douze mois d’ancienneté au sein du club et que vous passez votre formation. L’une des deux conditions n’est pas réunie. Donc, à partir de là, on agit aussi en conscience, on va s’acquitter de cette amende. » Jean-Louis Leca devra également organiser le calendrier de l’équipe en fonction des absences éventuelles du nouvel entraîneur principal pour ses stages de formation.
La direction répond aux inquiétudes des supporters
Cette réorganisation intervient dans un contexte qui a suscité de nombreuses interrogations chez les supporters lensois. Le départ d’un entraîneur et de ses adjoints après seulement trois mois a pu surprendre, alors que le club avait affiché une volonté de stabilité. Benjamin Parrot et Jean-Louis Leca ont reconnu comprendre ces inquiétudes, tout en défendant leur décision. Le directeur sportif a insisté sur le fait que la réflexion avait débuté bien avant les derniers matches. « Les premières mauvaises ondes, ma première intervention, elle se fait dans la semaine de Paris (Trophée des Champions). Mais ça fait peut-être quinze jours que je dis à Ben (Benjamin Parrot) : on ne part pas droit. » Pour Benjamin Parrot, le fait d’avoir agi rapidement constitue au contraire une décision en cohérence avec l’identité du club. « Faire du Lens, c’est faire preuve de courage. C’est reconnaître quand on est bon, mais c’est reconnaître aussi quand on s’est trompé. » Le dirigeant a également tenu à rappeler que le club avait procédé à une analyse approfondie de cette expérience. « On s’est beaucoup plus torturé l’esprit ces derniers jours qu’on ne s’est laissé bercer par la douce euphorie de la victoire en Coupe de France. On s’est demandé pourquoi, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné, est-ce que dans le process on avait manqué quelque chose. »
L’amitié entre Leca et Cahuzac au cœur des interrogations
La relation entre Jean-Louis Leca et Yannick Cahuzac a été largement évoquée. Les deux hommes se connaissent depuis leur enfance et ont partagé une partie de leur carrière de joueur. Une proximité que les dirigeants ne nient pas, mais qui ne doit pas, selon eux, masquer les raisons sportives de la nomination. Jean-Louis Leca a également répondu aux interrogations concernant son amitié avec le nouvel entraîneur. « Oui, c’est mon ami. Je n’ai pas de problème avec ça. Mais aujourd’hui, là, dans ces murs, ce n’est pas mon ami. Dans ces murs, je suis sont N+1. » Le directeur sportif a rappelé le parcours de Cahuzac et les qualités qu’il a pu observer chez lui au fil des années.

Retrouver la continuité du projet lensois
Au-delà du changement d’entraîneur, la direction du RC Lens souhaite surtout retrouver une continuité dans le fonctionnement du club. Pour Benjamin Parrot et Jean-Louis Leca, cette continuité repose sur des principes de jeu, une méthodologie d’entraînement et une identité collective. « Aujourd’hui, notre croyance, c’est nos fondamentaux, nos repères. Et aujourd’hui, on ressent le retour à ce que l’on est, le retour à ce que l’on connaît, le retour à ce que l’on sait faire », a déclaré Benjamin Parrot. Jean-Louis Leca a également insisté sur l’importance du dialogue avec les joueurs, notamment les cadres du vestiaire, tout en précisant que la décision finale appartient à la direction. Avec la nomination de Yannick Cahuzac sur le banc des Sang et Or, le RC Lens ouvre un nouveau chapitre de sa saison. La direction assume son choix, reconnaît les difficultés rencontrées avec le précédent staff et souhaite désormais remettre le club sur une trajectoire cohérente avec ses fondamentaux. Le nouvel entraîneur principal devra rapidement prendre ses marques, préparer le déplacement à Monaco ce vendredi pour la 5e journée de Ligue 1 et profiter de la trêve à venir pour installer sa méthode.
Pour Benjamin Parrot et Jean-Louis Leca, l’objectif est clair : retrouver une équipe connectée à l’identité du Racing, avec un staff capable de travailler ensemble et un projet sportif qui s’inscrit dans la continuité des dernières années.
Photos Laurent SANSON






