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Waterpolo : Rencontre avec Carmen Baringo Romero du LUC Lille

Arrivée à Lille il y a trois ans, Carmen Baringo Romero s’apprête à vivre une quatrième saison sous les couleurs du LUC Lille Métropole Waterpolo. Internationale espagnole passée par les sélections de jeunes, la Madrilène de 28 ans s’est rapidement imposée comme l’une des cadres de l’équipe lilloise, triple championne de France depuis son arrivée. Alors que le LUC Lille, Présidé par Thierry Landron, reste sur douze titres nationaux consécutifs et affiche de nouvelles ambitions européennes, la joueuse espagnole se confie sur son aventure nordiste, les difficultés du waterpolo de haut niveau en France, la formation des jeunes et son attachement à Lille.

Carmen, cela fait maintenant trois ans que vous êtes à Lille. Comment êtes-vous arrivée au LUC ?

C’est Filippos Sakellis, l’ancien entraîneur du club, qui m’a appelée. Nous nous connaissions déjà puisque nous avions travaillé ensemble auparavant. J’étais alors aux États-Unis, puis je suis rentrée à Madrid pour passer un peu de temps avec ma famille. Quelques mois plus tard, Filippos m’a recontactée et je me suis dit : pourquoi pas ? C’est comme ça que je suis arrivée à Lille au LUC. Aujourd’hui, j’entame ma quatrième saison ici et je suis vraiment très heureuse.

Vous avez connu les sélections de jeunes espagnoles et beaucoup voyagé. Que représente le fait de jouer au waterpolo à Lille ?

Ce n’est pas toujours simple. Le waterpolo existe ici parce qu’il y a un groupe de personnes passionnées autour du Président Landron et un club historique comme le LUC Lille. Il y a aussi beaucoup de gens qui aiment vraiment ce sport. En revanche, pour pratiquer au haut niveau, c’est plus compliqué. Il faut avoir les piscines, les équipements et les infrastructures nécessaires. Mais il existe une vraie communauté autour du waterpolo et beaucoup de passion. C’est ce qui nous permet de continuer à avancer et de construire une grosse équipe.

Justement, le club traverse une période particulière avec le changement de piscine. Comment vivez-vous cette situation ?

C’est une période difficile parce que la piscine dans laquelle nous évoluons actuellement (nouvelle piscine Camille Muffat à Lille) est une solution temporaire. Nous espérons que la nouvelle piscine dédiée notamment au waterpolo ouvrira ses portes en 2027 à Fives. Aujourd’hui, nous devons nous adapter. La piscine actuelle est une piscine olympique (ex.bassin d’entrainement des JO Paris 2024), mais les conditions ne sont pas forcément idéales pour la pratique du waterpolo. Alors nous essayons de trouver les meilleures solutions possibles et de continuer à travailler dans de bonnes conditions.

Depuis votre arrivée, comment avez-vous vu évoluer le LUC Lille ?

On travaille beaucoup. Le waterpolo est un sport exigeant et, en France, ce n’est pas un sport qui dispose de gros moyens. Nous sommes des joueuses professionnelles dans notre pratique, mais le contexte reste différent de celui d’autres sports pros avec plus de moyens. Le club fait beaucoup d’efforts pour développer la formation et attirer de jeunes joueuses françaises. Il faut réussir à faire grandir le projet, l’école de waterpolo et les équipes de jeunes. C’est important pour l’avenir du club.

Vous avez justement commencé à entraîner les plus jeunes cette saison. Est-ce quelque chose qui vous tient à cœur ?

Bien sûr ! Cela me donne beaucoup d’énergie. Cette année, j’ai commencé à entraîner les jeunes filles et je participe également aux projets pédagogiques et à l’école de waterpolo. Je suis vraiment très contente d’avoir cette opportunité. C’est important pour moi de pouvoir transmettre ce que j’ai appris et de donner aux jeunes filles l’envie de pratiquer le waterpolo.

Le LUC Lille reste sur douze titres de champion de France consécutifs. Vous en avez remporté trois depuis votre arrivée. Après avoir quasiment tout gagné en France, où trouve-t-on encore la motivation ?

Dans le sport de haut niveau, l’ambition, c’est toujours d’aller plus loin. C’est vrai que, depuis que je suis arrivée, nous avons gagné trois titres nationaux et qu’il n’y a pas vraiment de défi supplémentaire à trouver en championnat de France. Mais ce n’est pas facile de gagner. Les gens peuvent penser que, puisque le LUC Lille est champion depuis de nombreuses années, les titres arrivent naturellement. Ce n’est absolument pas le cas. Nous travaillons très dur, tous les jours et nous devons pour certaines joueuses, aussi gérer le travail, les études et tout ce qui va avec. Cela demande beaucoup de discipline, de travail, d’ambition et de passion.

Vous évoquez justement les difficultés économiques du water-polo. Êtes-vous aujourd’hui professionnelle à temps plein ?

Je pense être privilégiée parce que mon unique activité aujourd’hui est le waterpolo. Je suis joueuse professionnelle et aujourd’hui je me consacre à 100% au waterpolo et je travaille aussi pour le club, notamment dans la gestion et le management de certains projets. Je reste donc complètement dans l’univers du waterpolo. Je participe notamment aux projets pédagogiques et au développement auprès des jeunes filles. Avec parfois deux entraînements par jour, il serait effectivement difficile d’avoir un autre travail à côté.

Thierry Landron, le président du LUC Lille Métropole Waterpolo, évoque désormais l’ambition de franchir un cap en Europe. Comment abordez-vous cette nouvelle saison ?

C’est une ambition importante. En championnat de France, nous avons déjà beaucoup gagné. Maintenant, nous voulons aussi progresser en Europe. La Ligue française évolue également dans le bon sens. Il y a de nouveaux projets, comme à Marseille avec la création d’une équipe féminine, et Nancy a également un projet intéressant. C’est une bonne nouvelle pour notre championnat, parce que la concurrence progresse et élève le niveau. De notre côté, nous avons aussi beaucoup de jeunes joueuses françaises que nous voulons faire grandir. L’objectif est de continuer à progresser en France, mais aussi de gagner de l’expérience en Europe.

Sur la scène européenne, il existe plusieurs niveaux de compétition. Où situez-vous aujourd’hui le LUC Lille ?

Nous sommes toujours ambitieuses et nous jouons pour aller le plus loin possible. Mais il faut aussi être réaliste par rapport à notre situation, à notre championnat et à notre budget. La Ligue des Champions rassemble des équipes avec des budgets très importants et des joueuses internationales, notamment venues d’Espagne ou de Grèce. Il est donc difficile de rivaliser avec ces équipes. Nous sommes davantage sur le niveau de la deuxième division européenne, de l’Eurocup, et c’est justement une compétition dans laquelle nous pouvons être ambitieuses et chercher à gagner de l’expérience et des matchs.

Vous êtes une Madrilène devenue, en quelque sorte, une « Chti »avec l’accent espagnol. Comment avez-vous adopté Lille ?

J’adore Lille ! C’est vrai que, quand on arrive de Madrid, on trouve la ville très petite. Tout le monde me dit que Lille est une grande ville, mais comparée à Madrid, c’est vraiment petit ! (rires). Mais c’est justement ce que j’aime. Lille est une ville avec beaucoup de choses à découvrir, des endroits très sympas et une vraie atmosphère. Et en même temps, c’est une ville à taille humaine, confortable et familiale. J’adore cet esprit.

Vous vous voyez donc rester encore longtemps à Lille ?

C’est déjà ma quatrième année et je suis très contente ici. Je ne sais pas ce que sera le futur, mais aujourd’hui je suis très heureuse à Lille.

Propos recueillis et photos Laurent SANSON

Laurent SANSON

Journaliste rédacteur-photographe spécialisé dans l'automobile et le sport. Négociant en virages et en images.

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