Et si l’innovation était finalement l’un des meilleurs moyens de donner envie de faire du sport ? Chez Decathlon, cette conviction est devenue un véritable moteur, au cœur de l’ADN de l’entreprise. De la conception d’un produit à sa fabrication, en passant par les tests grandeur nature et, désormais, par de nouveaux modèles économiques, la marque créée en 1976 cherche à lever les freins qui peuvent éloigner les pratiquants de leur activité sportive. Rencontre avec Sébastien Dollet, le Directeur de l’Innovation du groupe nordiste.
Pour l’enseigne nordiste, que l’on connaît avant tout pour ses magasins, l’innovation n’est pas simplement une affaire de technologie ou de nouveaux produits. Elle constitue une véritable culture d’entreprise depuis des décennies. Cette philosophie repose sur une idée simple : le sport doit pouvoir s’adapter aux pratiquants, et non l’inverse. Cette volonté est inscrite dans l’histoire du groupe depuis ses débuts. La tente 2 Seconds, le masque Easybreath ou encore le filet de tennis de table Rollnet ont ainsi contribué à simplifier certaines pratiques sportives en s’attaquant directement aux obstacles identifiés chez les utilisateurs. Aujourd’hui, cette démarche va beaucoup plus loin. Les équipes travaillent sur les produits, les services, les procédés industriels et même de nouvelles façons de consommer les équipements sportifs, en intégrant notamment les enjeux du recyclage et de la seconde vie, comme en témoigne le programme consacré aux ballons de football.
Lors de notre rencontre avec Sébastien Dollet, directeur de l’innovation de Decathlon, le message est clair : « Notre rêve, c’est de devenir les marques favorites des innovateurs », explique-t-il. Cette ambition passe d’abord par les collaborateurs de Decathlon, auxquels l’entreprise souhaite donner davantage de liberté pour développer leurs compétences, prendre des initiatives et transformer leurs idées en concepts, puis en solutions concrètes. L’objectif est également d’ouvrir largement les portes vers l’extérieur, notamment en travaillant avec des start-up et des partenaires spécialisés. Pour Sébastien Dollet, Decathlon doit devenir « la maison des créateurs ». Une expression qui résume assez bien le fonctionnement observé lors de notre visite. Une idée peut venir d’un ingénieur, d’un designer, d’un chef de produit, mais aussi d’un collaborateur en magasin ou d’un partenaire extérieur. Encore faut-il ensuite transformer cette idée en produit ou en service. C’est là que la collaboration prend toute son importance. Designers, ingénieurs, chercheurs, experts sportifs et équipes industrielles travaillent ensemble afin de confronter les besoins des utilisateurs aux contraintes techniques et industrielles. Decathlon compte ainsi 18 centres de conception dans le monde et 1 700 collaborateurs impliqués dans la conception de produits et de services.
Ce plaidoyer pour l’innovation prend une dimension très concrète au Kipstadium, à Tourcoing. Installé sur un ancien site industriel de huit hectares, dont une partie accueillait autrefois la brasserie Terken, le centre est entièrement consacré aux sports collectifs : football, rugby, basket-ball, handball, volley-ball ou encore hockey. Les équipes de conception de Kipsta disposent ici de véritables terrains de jeu pour observer, tester et faire évoluer leurs produits. Comme nous l’a expliqué Hugues Débonnaire, directeur du Kipstadium, environ 200 personnes travaillent sur les produits dédiés aux sports collectifs, parmi lesquelles des ingénieurs, des designers et des chefs de produit. Le site dispose d’environ 20 000 m2 d’espaces dédiés à la pratique sportive et accueille également les équipes qui travaillent sur les produits, les composants et les procédés industriels. Mais le Kipstadium ne se limite pas à un centre de recherche et développement. C’est aussi un lieu de pratique, d’expérimentation et de transmission. Les équipes peuvent y confronter directement leurs prototypes à la réalité du terrain et aux exigences des sportifs. Le site développe également des ateliers destinés aux scolaires et aux habitants du secteur, notamment autour de la réparation de vélos et de l’Upcycling. Une autre manière de faire du sport, en associant pratique, lien social et transmission des savoir-faire. Cette dimension sociétale rejoint finalement la philosophie globale de Decathlon : rendre la pratique sportive plus accessible en levant les obstacles susceptibles de se présenter aux pratiquants, quels qu’ils soient.
C’est probablement l’un des exemples les plus intéressants de l’évolution de l’innovation au sein de la marque nordiste. Lancé il y a un an, le programme Play Unlimited trouve désormais son rythme de croisière en cette nouvelle saison 2026-2027. Le projet part d’un constat très concret concernant les clubs de football amateurs, un segment sur lequel Decathlon était historiquement moins présent que certains géants mondiaux de l’équipement sportif. Un club doit acheter plusieurs dizaines, voire une centaine de ballons pour assurer sa saison. Les équipements s’usent, les budgets sont contraints, leur remplacement doit être anticipé et leur fin de vie reste problématique. Decathlon a donc choisi de ne pas simplement concevoir un nouveau ballon pour les clubs. L’entreprise a décidé de repenser la manière dont ces derniers accèdent à leurs équipements. Avec le programme Play Unlimited, le club ne devient plus propriétaire de ses ballons. Il souscrit un abonnement annuel lui donnant accès à un nombre défini d’équipements, avec la possibilité de remplacer ceux qui sont endommagés au cours de la saison.
L’idée est résumée par une promesse particulièrement parlante : « Concentrez-vous sur le jeu, on s’occupe de tout le reste », comme l’explique Florian Combes, directeur technique Ballon de la marque. Le principe va ainsi bien au-delà de la simple location. Decathlon prend en charge la récupération des ballons usagés et leur remplacement. Cette organisation permet de mieux maîtriser leur fin de vie, mais aussi de les réintroduire dans le circuit après leur passage par une nouvelle usine de reconditionnement basée à Tourcoing.
Pour Florian Combes, le véritable défi se situe notamment dans cette usine de reconditionnement des ballons. Changer de modèle économique ne suffisait pas : il fallait également modifier en profondeur la conception du produit. Un ballon traditionnel est constitué de plusieurs matériaux assemblés de manière permanente. Lorsque son enveloppe extérieure est usée, l’ensemble du ballon risque de finir à la poubelle, alors que certains composants restent parfaitement exploitables, à l’image de la vessie, qui constitue le cœur du ballon. Decathlon a donc travaillé sur une nouvelle conception permettant de démonter le ballon en quelques minutes. La majeure partie de la colle traditionnellement utilisée lors de l’assemblage est supprimée. Les composants encore fonctionnels peuvent ainsi être conservés et réutilisés. C’est là que l’innovation devient particulièrement intéressante : elle ne porte plus seulement sur le produit, mais sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans l’usine de Tourcoing, un ballon usagé peut ainsi être reconditionné pour retrouver un état proche du neuf et repartir sur les terrains. Le ballon n’est donc plus considéré comme un produit dont la vie s’arrête lorsqu’il est usé, mais comme un équipement susceptible de revenir dans le circuit.
Cette logique pourrait demain dépasser le seul football. Decathlon entend en effet étendre ce nouveau modèle à d’autres ballons de sa gamme, notamment ceux destinés au basket-ball, au volley-ball ou encore au rugby. Cette démarche illustre parfaitement l’évolution de la stratégie d’innovation de Decathlon. L’entreprise ne cherche plus uniquement à inventer un produit plus performant ou plus simple à utiliser. Elle entend également transformer la manière dont cet équipement est conçu, fabriqué, utilisé et, lorsque cela est possible, remis en circulation.
L’innovation n’est pas une fin en soi. Elle doit avant tout servir le pratiquant. Simplifier l’utilisation d’un produit, améliorer sa sécurité, faciliter son entretien, rendre une discipline plus inclusive, limiter son impact environnemental ou encore permettre à un club de mieux gérer ses équipements : les approches sont multiples. C’est cette philosophie qui permet à Decathlon de faire évoluer son modèle depuis 1976, en combinant observation du terrain, recherche, technologie, design et savoir-faire industriel.
Cette dynamique repose aussi sur les femmes et les hommes qui imaginent ces solutions. Comme le résume Sébastien Dollet, l’ambition est de libérer les talents et de leur donner du temps et de l’espace pour expérimenter, tester et apprendre. L’innovation devient alors une aventure collective, dans laquelle l’échec lui-même peut servir de point de départ à une nouvelle idée. Pour Decathlon, l’enjeu est finalement assez simple : faire en sorte que davantage de personnes aient envie de pratiquer un sport, puissent le faire et prennent toujours plus de plaisir à le pratiquer. Une ambition qui trouve un écho particulier dans le Nord, où le groupe dispose d’un véritable écosystème d’innovation avec le B’Twin Village, le Kipstadium et la Footwear Industrial Community de Wattrelos.
Ici, l’innovation ne s’imagine pas seulement derrière un écran, mais elle se teste, se mesure et se confronte directement au terrain et ça se passe dans le Nord, chez nous.
Photos Laurent SANSON
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